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Être heureux au travail ou travailler pour être heureux ?

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Le bonheur est-il un bien social ?  
Cette question interroge le glissement sémantique opéré ces dernières années dans le monde du travail. Gravissant étage par étage la pyramide de Maslow, la notion de bonheur (et de Chief Happiness Officer) a peu à peu supplanté dans certaines entreprises la notion de Sécurité (Responsable SST - Santé et Sécurité au Travail -), elle-même reléguée aux oubliettes par la Qualité de Vie et le Bien-être au travail (Responsable QVT etc.). Cette problématique du bonheur au travail serait-elle à ce point critique qu’il faudrait en confier la gestion à des experts auto-proclamés ? A l’heure du chômage de masse, quel étrange paradoxe ! Là où des millions de chômeurs sont à la recherche d’un emploi, ceux qui en ont un (emploi) souffriraient donc du manque de sens, d’accomplissement et donc de bonheur ?  

Avoir un travail ne devrait-il pas suffire à son bonheur ? Doit-on travailler pour être heureux ? Le travail est-il un obstacle au bonheur ?  

Pour en avoir le cœur net, nous avons organisé un café philo autour de la notion du travail : son sens, sa finalité et ses représentations. Au fil de la discussion, nous avons interrogé la possibilité de concilier le travail et le bonheur.     

Du travail au bonheur ou du bonheur au travail ? Quel lien de causalité ?  

Le bonheur a été identifié comme cette satisfaction complète et durable, traditionnellement opposée à la joie et autres satisfactions passagères de notre sensibilité. La question du sens du travail et de sa valeur a fait émerger une multiplicité de perceptions. Afin d’éviter une régression à l’infini dans la définition de sens et d’intentionnalité au travail, deux relations opposées ont été identifiées.   

Derrière notre première idée se tient la notion de vocation. Quand le travail et la passion se rejoignent, l’effort se soustrait au travail. Le développement d’un talent dont on fait notre activité nous éloigne du travail comme labeur. Dans une telle acception, la pénibilité semble absente.  

Si l’on aborde la question du travail, le prolongement identitaire n’est pas loin. On exerce une fonction, on est assigné à une mission, mais avant tout, on est cuisinier, enseignant, médecin, responsable du recrutement, etc. La primauté de l’être dans l’activité professionnelle traduit une certaine réalisation de soi dans le travail. Notre seconde définition inverse la relation entre sens et travail. Au quotidien, qu’importe l’activité, qu’importe le cadre, il appartient à chacun - dans la mesure du possible - de trouver et de donner un sens à son travail. Se réapproprier son travail devient un moyen pour dépasser l’enchaînement de tâches répétitives, échapper à l’ennui et supprimer le sentiment de bore-out[1]. Pour reprendre la formule de Robert Castel, le travail apparaît comme le moyen d’accéder à la propriété de soi. La découverte de soi et l’actualisation de ses potentialités trouvent une résonance dans la volonté d’utilité et de reconnaissance par ses pairs. En visant à permettre aux individus, aux communautés, aux organisations d’avoir plus de pouvoir d’action et de décision, plus d’influence sur leur environnement et leur vie, la notion difficilement traduisible d’empowerment apporte un éclairage à l’appropriation de son travail.    

Le bonheur est-il le résultat d’un système ?  

Plus que l’activité à proprement parler, un frein potentiel au bonheur au travail prend fréquemment les traits de l’organisation, de la structure. S’il donne un cadre et des responsabilités, l’environnement de travail est parfois synonyme de souffrance, de stress et d’insécurité psychologique. De telles conditions paraissent difficilement conciliables avec les représentations dominantes du bonheur. Comment dépasser cette tension entre le cadre du travail et sa finalité ? Comment réconcilier le travail et le bonheur ?   

Plusieurs entreprises – libérées, agiles, holacratiques etc. - se sont emparées du sujet en en faisant une problématique organisationnelle sans pour autant vouloir répondre à la question suivante : le bonheur au travail est-il un moyen ou une fin ? Or, le bonheur ne se décrète pas. Il relève de la singularité, de la recette personnelle de chaque individu. Si l’entreprise ne peut décider du bonheur de ses salariés, elle peut au moins vouloir y tendre. D’abord en ne lui nuisant pas et en créant un collectif de travail où chaque individu aura la liberté de s’exprimer et de réunir les conditions nécessaires à son accomplissement.  

Le travail et son cadre seraient, pour ainsi dire, une contrainte nécessaire dont il appartient à chacun de tirer profit. Au-delà du travail et de l’appropriation que chacun en fait, se dresse la manière dont les gens font face à ce qu’on leur impose. Entre travailleurs, il appartient à chacun de s’organiser pour coopérer et co-construire, « plus qu’un mode de production économique, celui d’une production d’identités et de rapports humains[2] ». Nous restons ainsi libres de ne pas être condamnés par le travail et d’y voir un moyen d’expression pour tendre à cet état de pleine conscience. Faîtes le choix de la « mindfulness » et plutôt que la destination, embrassez le chemin.  

Jeudi 9 mars, Extia lançait son premier café philo. L’objectif était de s’offrir une fenêtre de discussion pour échanger, une respiration pour s’échapper ensemble du quotidien. C’est donc naturellement que pour cette première édition, nous avons retenu le thème du travail. Pour nos prochaines réunions et nos prochains débats, une seule règle a été retenue : se rappeler que philosopher consiste autant à se poser des questions qu’à y répondre !  


Timothée de Guibert & Emmanuelle Pays 


[1] Bore-out, pathologie qui touche les salariés, diminués par l’ennui au travail
[2] C. Dejours – La Panne : repenser le travail et changer la vie, Paris, Bayard, 2012

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